Liane de Pougy 1869 – 1950

Biographie de Liane de Pougy

Anne-Marie Chassaigne, dite Liane de Pougy, épouse d’Armand Pourpe puis, par son second mariage, princesse Ghika, est une danseuse et courtisane de la Belle Époque, née à La Flèche (Sarthe, France) le 2 juillet 1869 et morte à Lausanne (canton de Vaud, Suisse) le 26 décembre 1950.

Fille de Pierre Chassaigne, officier de cavalerie et d’Aimée Marie Gabrielle Lopez, d’une famille d’origine espagnole de tradition militaire, Anne-Marie Olympe, cadette et seule fille parmi quatre enfants, reçoit l’éducation d’une jeune fille de son milieu au couvent de Sainte-Anne-d’Auray, dans le Morbihan, où elle entre en 1878, à neuf ans, et restera jusqu’en 1885.

Elle est mariée à dix-sept ans, en 1886, à Lorient, à un officier de marine. En 1887, à Lorient, elle donne le jour à un fils, Marc Marie Edmond Armand, qui deviendra l’un des pilotes pionniers de l’aviation française et mourra prématurément au champ d’honneur le 2 décembre 1914, âgé de 27 ans.

Mais alors qu’elle réside à Marseille, son mari ayant été affecté à Toulon, elle prend un amant. Mis au courant de son infortune, Armand Pourpe « tire un coup de feu qu’ Anne-Marie reçoit dans le bas du dos ». Elle s’enfuit, s’installe à Paris et demande le divorce en profitant des nouvelles lois, au scandale de sa famille. Elle a 19 ans.

Anne-Marie passe donc quelques temps dans diverses maisons closes avant de rencontrer et de séduire une célèbre cocotte : Valtesse de la Bigne. Celle qu’on appelait encore « l’Union des Artistes enseigne tous ses secrets de courtisanes.

Anne Marie Chassaigne est morte… Vive Liane de Pougy !

Anne-Marie prend des leçons de danse sous la direction de Mme Mariquita et elle commence alors une carrière de danseuse de cabaret, et devient rapidement une des courtisanes les plus en vue de la capitale. Ainsi le quotidien Gil Blas décrit-il avec une pointe d’humour « le luxe intime d’une horizontale de grande marque, Liane de Pougy : elle dort sous des rideaux d’Alençon, cette reine des dentelles, et le transparent rideau est doublé de satin hortensia. Rassurez-vous la chambre possède un système de ventilation qui écarte tout danger d’asphyxie ».

Elle multiplie les amants (à 21 ans on lui en compte déjà 43 !) et petit à petit, la qualité de ses « protecteurs » évolue jusqu’à toucher la noblesse et lui valoir le surnom de « Passage des Princes ».

Elle se lie d’amitié avec Sarah Bernhardt qui lui donne quelques cours d’art dramatique mais lui fait comprendre qu’elle n’a aucun talent dans ce domaine, lui conseillant de « n’ouvrir la bouche que pour sourire ». Elle rencontre Henri Meilhac, auteur dramatique à succès, septuagénaire mais amateur de jolies femmes, qui succombe à son charme et la lance dans le monde du théâtre en la faisant engager aux Folies Bergère où elle débute en avril 1894, lors d’« une soirée éblouissante ». Très liée avec Jean Lorrain, elle joue à l’Olympia dans la pantomime Rêve de Noël puis triomphe aux Folies Bergère en 1896, avec le rôle d’ Oriane dans l’ Araignée d’or qui sera « le great event de la saison parisienne ». Edmond de Goncourt la qualifiera alors de « plus jolie femme du siècle ».

A l’aube de ses 30 ans, Liane de Pougy est LA courtisane des puissants et ne recule plus devant aucun caprice, allant jusqu’à se payer le luxe d’humilier Gabriele d’Annunzio, écrivain portant le titre de prince de Montenevoso, en lui envoyant sa femme de chambre plutôt qu’elle-même sous prétexte qu’il avait mauvaise haleine !

Parmi ses adorateurs, on compte Charles de Mac-Mahon, Roman Potocki ou le jeune Maurice de Rothschild qui la couvrent de bijoux, lui offrent des équipages et le luxueux « nécessaire » à la vie d’une courtisane. Sa rivalité avec la Belle Otéro contribue à la célébrité de l’une comme de l’autre. Le guide Paris-Parisien la considère bientôt comme une « notoriété de la vie parisienne ». L’édition de 1896 la décrit comme une « demi-mondaine connue pour ses beaux bijoux » ; celle de 1899, comme une « demi-mondaine connue pour ses ventes, son suicide, ses essais littéraires et dramatiques ».

En 1908, alors au sommet de sa carrière, Liane de Pougy, qui aura bientôt quarante ans, rencontre le prince roumain Georges Ghika, de quinze ans son cadet, très noble mais fort désargenté, qu’elle épouse le 8 juin 1910.

En 1914, cependant, la mort de son fils unique l’affectera beaucoup, comme elle l’écrira plus tard dans son journal : « Ma plus poignante douleur, celle qui a failli me tuer, me faire perdre la raison (je suis restée quinze mois dans de cruelles maisons de santé), ce fut la mort de mon fils, de mon unique enfant, l’aviateur Marc Pourpe, engagé volontaire, tombé au champ d’honneur, le 2 décembre 1914, près de Villers-Bretonneux ».

Son mariage est parfaitement heureux durant seize ans, jusqu’à ce que Georges Ghika ne la quitte brusquement, en juillet 1926, pour l’ultime conquête de sa femme, une jeune artiste de vingt-trois ans, « mignonne et délicate », Manon Thiébaut, qu’il emmène en Roumanie. Pour se consoler, la princesse retrouve Natalie Barney à Paris et forme avec elle et son amie Mimy Franchetti – « qui réunit tous les dons du Ciel » – une sorte de ménage à trois, dont Natalie fera l’objet d’un récit autobiographique publié de manière posthume : Amants féminins ou la troisième. Menacé de divorce, le prince finit par lui revenir, mais leur relation devient difficile et chaotique.

En 1928, la princesse Ghika se lie d’amitié avec mère Marie-Xavier, mère supérieure de l’asile Sainte-Agnès à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble. Elle récupère auprès de ses amis parisiens des fonds pour l’entretien des pensionnaires de cet institut. Et elle exprime le désir d’y être inhumée.

Dans les années qui suivirent, Mère Marie-Xavier guide la lente métamorphose spirituelle de la princesse Ghika. En 1943, l’ancienne étoile des Folies Bergère, la scandaleuse, prononce ses vœux et prend le nom de Sœur Anne-Marie de la Pénitence. Laïque consacrée, elle vivra désormais selon la règle dominicaine.

Après la mort de Georges Ghika, le 19 avril 1945, Anne-Marie s’installe à Lausanne où elle transforme une chambre de l’hôtel Carlton en cellule. C’est là qu’elle meurt en 1950.

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Liane de Pougy

 

« La seule différence entre les femmes du monde et nous, c’est que nous nous lavons entre les jambes. »