Caroline Otero dite « La Belle Otero » 1868 – 1965

Biographie de La Belle Otero

Rien n’est plus romanesque que la vie de la danseuse et interprète de pantomimes Caroline Otero. Agustina Otero Iglesias, alias Caroline Otero, dite La Belle Otero, née à Ponte Valga, province de Pontevedra en Galice (Espagne) à la fin de l’année 1868 et morte à Nice (Alpes-Maritimes) le 10 avril 1965, est une chanteuse et danseuse de cabaret et grande courtisane de la Belle Époque.

La mère d’Agustina, Carmen Otero Iglesias (1846-1903), est la fille cadette d’Isidoro Otero, ancien gendarme municipal devenu tavernier, et de Dolores Iglesias. Chanteuse et danseuse de rue, Carmen dit la bonne aventure. Toujours dans ses Mémoires qu’il faut lire avec précaution, Carmen se marie en 1863 à un officier grec nommé Carasson. La famille nombreuse vit difficilement, Carasson, joueur invétéré accumulant les dettes jusqu’à ce qu’il soit tué lors d’un due ; Agustina se rend compte que sa mère se prostitue pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille. Carmen épouse un amant français en 1874 et Agustina se sent vite détestée par ce beau-père.

Lors d’une fête villageoise, en 1879, Agustina Otero est brutalement violée par un savetier. Dès lors, elle voue une haine envers la gent masculine, comme elle le raconte dans ses Mémoires.

À treize ans, elle rencontre son premier amant, un jeune chanteur de trois ans son aîné, Paco, qui lui apprend à danser le flamenco, à chanter et jouer la comédie dans des cafés chantants mais la force aussi à se prostituer. Quand elle tombe malade, le médecin dénonce la situation de la jeune mineure ; elle est ramenée chez elle, mais sa mère la rejette. Elle rejoint Paco à Lisbonne. Enceinte, son proxénète la force à un avortement qui la rend stérile. En 1882, elle s’installe à Barcelone, où elle rencontre son deuxième amant, Francisco Coll y León, croupier et lui aussi souteneur. Francisco la fait se produire dans des maisons de jeux et des établissements mal famés sous son nouveau nom de scène Caroline. Chantant et dansant avec une grande sensualité, elle acquiert une petite notoriété qui lui permet d’exercer ses charmes dans de petits cabarets.

Sa rencontre avec le banquier Furtia est décisive. Il achète sa liberté, lui apprend les belles manières et lui décroche des contrats dans de grands cabarets. Il l’emmène à Marseille puis à Monte-Carlo. En 1889, elle monte à Paris qui est en pleine Exposition universelle et rencontre l’imprésario Joseph Oller, propriétaire du Moulin-Rouge qui fait décoller sa carrière de danseuse exotique. Elle se produit au Grand Véfour et au Cirque.

En 1890, Ernest Jurgens, coadministrateur de l’Eden Museum de New York, est en visite en France pour dénicher de nouveaux talents. Elle séduit cet imprésario américain qui lui offre une tournée triomphale aux États-Unis. Revenue à Paris en 1892, elle se fait une spécialité des rôles de belle étrangère aux Folies Bergère et au théâtre des Mathurins sous le nom de « Belle Otero » trouvé par Joseph Oller. Elle porte des tenues de scènes somptueuses, où des joyaux authentiques mettent en valeur ses seins. Elle fait plusieurs tournées en Europe, en Amérique et en Russie.

En août 1898, Otero devient « »la première star de l’histoire du cinéma » lorsque l’opérateur Félix Mesguich filme un numéro de danse au moyen d’un cinématographe Lumière à Saint-Pétersbourg. La projection qui a lieu le lendemain au music-hall Aquarium suscite des réactions si violentes que Mesguich est expulsé de Russie.

Elle devient l’amie de Colette, et l’une des courtisanes les plus en vue de la Belle Époque, avec la Carmencita, Liane de Pougy, Cléo de Mérode et Émilienne d’Alençon. Elle entretient avec Liane de Pougy une rivalité tapageuse : « On se rappelle l’idée qu’elle eut, écrit André de Fouquières, pour éclipser une rivale, d’apparaître un soir au théâtre dans un boléro constellé de diamants. Mais la femme qu’elle jalousait était Liane de Pougy. Avertie de l’exhibition qui se préparait, elle arriva, les bras, le cou, les épaules et les mains absolument nus. Quand elle fut dans sa loge, qui faisait face à celle de Caroline Otero, on put voir qu’elle était suivie de sa femme de chambre portant tous ses bijoux. »

Elle séduit des rois — Édouard VII du Royaume-Uni, Léopold II de Belgique —,  des aristocrates russes et britanniques — le duc de Westminster, le grand-duc Nicolas de Russie —, des financiers, des écrivains tels que Gabriele d’Annunzio et des ministres tel qu’Aristide Briand, qui reste son amant pendant dix ans. Elle fait tourner bien des têtes et serait à l’origine de plusieurs duels et de six suicides, d’où son surnom de la « sirène des suicides ».

En 1915, à 40 ans, encore belle et au sommet de sa gloire, cependant consciente aussi que sa silhouette est moins fine et que son nouveau répertoire au théâtre — pièces plus classiques — ne servira plus autant son image, elle prend sa retraite et s’installe à Nice. Elle y achète une maison, Villa Caroline, de quinze millions de dollars courants, mais termine dans un petit hôtel près de la gare où elle peine à payer sa logeuse, car sa fortune de vingt-cinq millions de dollars courants a été dilapidée notamment dans les casinos.

Apprenant ses difficultés financières, le directeur du casino de Monte-Carlo décide par la suite de payer son loyer et de lui verser une pension jusqu’à sa mort. Cette rente, modeste, lui permettait quand même d’acheter ses repas chez le traiteur voisin, et de les réchauffer sur un réchaud dans sa chambre. Volontiers mégalomane, elle refusa un autographe à un voisin, sous prétexte que « ça valait des millions ». Elle meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 96 ans, oubliée et pauvre dans sa petite chambre d’hôtel de Nice.

La Belle Otéro La Belle Otéro La Belle Otéro La Belle Otéro