Valtesse de la Bigne 1848-1910

Biographie de Valtesse de la Bigne  1848-1910

Née Émilie Louise Delabigne, le 13 juillet 1848 à Paris. Lingère d’origine normande s’adonnant à la prostitution ; elle est la fille illégitime d’un père violent et alcoolique qui était professeur dans une institution dans laquelle Émilie Victoire Delabigne entra comme lingère en 1844.

Émilie Louise Delabigne travaille dès l’âge de 10 ans dans un atelier de confection de la capitale. À 13 ans, elle est violée dans la rue par un vieil homme. Elle pose pour le peintre Corot, dont l’atelier se situe dans son quartier et qui apprécie de peindre des jeunes gens. Elle commence à se prostituer très jeune, faisant partie des « lorettes », n’étant ni une grisette et pas encore une demi-mondaine. Cette prostitution est clandestine, se faisant souvent sous les porches et avec le risque d’être arrêtée par la police et de voir ses cheveux coupés en guise de punition.

Visant rapidement des clients fortunés, elle traîne au bal Mabille le dimanche et travaille dans une brasserie à filles du Champ-de-Mars, fréquentée par des militaires gradés, ce qui lui permet de rêver à une ascension sociale. Elle rencontre alors un jeune homme de 20 ans, Richard Fossey, dont elle tombe amoureuse et qui lui fait deux enfants ; mais elle continue sa vie de débauche en parallèle et celui-ci la quitte deux ans plus tard sans l’avoir épousée. Elle confie alors ses deux filles à la garde de sa mère, en plaçant une – Julia Pâquerette – plus tard au couvent, craignant que sa mère ne la prostitue.

Elle prend le pseudonyme de « Valtesse » pour sa proximité sémantique avec « Votre Altesse » et se jure de ne jamais prendre mari tout en gagnant de l’argent et de sortir de son milieu social. Elle profite des « brésiliens », les clients étrangers visitant Paris et aspire à faire partie des « archidrôlesses », une bande de courtisanes vénales.

Jacques Offenbach repère Valtesse alors qu’elle incarne un petit rôle aux Bouffes-Parisiens et lui propose de jouer dans ses pièces. Elle débute sur scène en jouant le rôle d’Hébé dans Orphée aux Enfers. Un critique la juge alors « aussi rousse et timide qu’une vierge du Titien ». Maîtresse du compositeur, elle accède grâce à lui aux restaurants à la mode. Elle est nommée comtesse par Napoléon III.

À la fin de la guerre, Valtesse ne tarde pas à se lancer dans la courtisanerie de haut vol. Elle quitte Offenbach et jette son dévolu sur le prince Lubomirski, obtient qu’il l’installe dans un appartement rue Saint-Georges, le ruine, le quitte, et enchaîne les amants riches qu’elle plume les uns après les autres ;

Surnommée « Rayon d’or », elle est raffinée, s’intéresse aux arts et à la littérature. Elle acquiert une somptueuse maison à Ville-d’Avray dans laquelle elle reçoit, où sont accrochés des tableaux commandés au peintre Édouard Detaille figurant les membres fictifs de la « famille de la Bigne » qu’elle s’est inventée.

Sur la demande de Léon Hennique, elle consent à montrer son hôtel particulier à Émile Zola. La chambre de Valtesse, et en particulier son lit, l’inspire pour décrire la chambre de Nana :

« Un lit comme s’il n’en existait pas, un trône, un autel où Paris viendrait admirer sa nudité souveraine […]. Au chevet, une bande d’amours parmi les fleurs se pencherait avec des rires, guettant les voluptés dans l’ombre des rideaux. »

À la lecture de Nana, Valtesse est indignée de trouver une telle description de son décor : « quelques traces de bêtise tendre et de splendeur criarde. » Quant au personnage de Nana, elle qui a cru servir d’inspiratrice à l’écrivain, lui ouvrant jusqu’à son hôtel particulier, elle le qualifie ainsi : « Nana est une vulgaire catin, sotte, grossière ! »

Zola a cependant plus de chance qu’Alexandre Dumas fils. Alors que celui-ci demande à Valtesse à entrer dans sa chambre, froidement, elle répond : « Cher Maître, ce n’est pas dans vos moyens ! »

Henri Gervex la prend pour modèle pour la courtisane dans son tableau Le Mariage civil, qui décore la salle des mariages de la mairie du 19e arrondissement de Paris. Elle aurait également inspiré l’héroïne du roman d’Hugues Rebell, La Nichina. Elle fut aussi le personnage d’Altesse du roman Idylle saphique de son amie Liane de Pougy.

Valtesse fut l’amie, et parfois davantage, d’Édouard Manet, Henri Gervex, Édouard Detaille, Gustave Courbet, Eugène Boudin, Alphonse de Neuville, ce qui lui valut le surnom de « l’Union des Peintres » ou « Altesse de la Guigne ». Elle pose pour Manet, Gervex ou Forain et Detaille déménage près de chez elle, boulevard Malesherbes. Elle fréquente aussi les écrivains, comme Octave Mirbeau, Arsène Houssaye, Pierre Louÿs, Théophile Gautier ou encore Edmond de Goncourt qu’elle renseigne pour sa Chérie.

Décomplexée, elle affiche une liberté d’esprit et prend pour amante une autre courtisane, Liane de Pougy.

À 62 ans, une de ses veines éclate et elle meurt peu de temps après. Elle est enterrée dans une sépulture ouvragée du cimetière de Ville-d’Avray, avec deux hommes inconnus.

Valtesse de la Bigne