La Païva 1819 – 1884

Biographie de La Païva

Née Esther Lachmann (1819) dans une famille modeste de Juifs polonais en Russie. Ses parents, à une époque où on demandait peu leur avis aux jeunes filles, la marient (elle a 16 ans) à un tailleur français établi à Moscou. Elle mettra au monde un fils, Antoine, qu’elle ne verra quasiment jamais.

Esther a des rêves plein la tête et elle supporte mal son rôle d’épouse soumise. Elle rencontre un bel aventurier qui la convainc sans mal de laisser tomber mari, fils, parents, Russie, pour courir le monde plein de surprises et de promesses. Elle arrive à Paris. C’est là que nous retrouvons Esther, lestée de son aventurier et livrée à elle-même. Elle se réfugie dans le quartier à la mode, celui des lorettes, prostituées au cœur généreux puisqu’elles ont par leurs dons contribué à l’édification de l’église Notre-Dame de Lorette.

Esther a du talent et elle est remarquée. Sur les conseils d’une amie de fortune, elle change de nom et troque Esther contre Thérèse. La jolie femme rencontre en 1840 un pianiste, Henri Herz, qui tombe amoureux fou de sa beauté sensuelle et de ses mœurs libres et inventives. Il est le plus fêté des pianistes de la Restauration et il faudra attendre deux géants, Liszt et Chopin pour le détrôner. Il créa une manufacture de pianos pour se consoler…

Il est donc le premier amant connu de Thérèse Lachmann. Sa fortune fait partie de ses charmes comme ses relations et les nombreux salons qu’il fréquente. Notre courtisane voit son carnet d’adresses s’enrichir de noms prestigieux. Elle rencontre grâce à lui Liszt, Wagner venu quelques mois à Paris et locataire rue d’Aumale dans la Nouvelle Athènes pour la présentation de son Tannhäuser, Théophile Gautier qui restera son ami…

Elle épouse son artiste à Londres, en cachant soigneusement qu’elle est déjà mariée. Après tout, elle inaugure la bigamie féminine, n’en déplaise aux polygames mâles !

Une fillette voit le jour en 1847. Elle sera nommée Henriette. En 1848, Herz part pour une tournée aux Etats-Unis. Thérèse dilapide une partie de sa fortune si bien que la famille, scandalisée, la chasse de la demeure familiale et récupère la fillette dont elle ne se préoccupera jamais et qui mourra à l’âge de 13 ans sans avoir connu sa mère.

Thérèse se rend à Londres où elle espère refaire sa vie. Elle trouve naturellement un riche protecteur en la personne d’Edward Stanley, politicien généreux qui la couvre de présents et lui donne en paiement de ses services, paraît-il exceptionnels, de quoi vivre largement. Mais cet homme l’ennuie, comme la langue anglaise et le brouillard sur la Tamise.

Thérèse revient à Paris où l’attend une surprise dont elle se serait bien passée. Antoine Villoing, le premier mari et le seul légitime, débarque et la supplie à genoux de revenir au bord de la Moskova où l’attendent son fils et ses parents. La seule idée de retourner dans un passé qu’elle exècre lui fait horreur. Elle repousse le tailleur amoureux qui, désespéré se suicide.

Après quelques larmes de crocodile, Thérèse rencontre un nouvel amant prestigieux, le duc Antoine de Gramont alors marié à une belle Ecossaise et pas encore le grand personnage politique du 2nd Empire en gestation.

L’homme qui lui offre de nombreux présents et paie largement sa compagnie n’est pas de ceux qui s’encombrent longtemps d’une relation de plaisir. Thérèse est de nouveau seule. Situation inconfortable et indigne d’une courtisane dont la réputation est maintenant établie.

Voilà que passe sur le trottoir l’homme providentiel qui allait transformer sa vie, à commencer par son nom. Il s’agit d’Albino Francisco marquis de Paiva Araujo. Il a 27 ans, il est élégant, il est riche, bref il est paré de toutes les qualités !

Thérèse le séduit si habilement qu’après quelques mois il lui propose le mariage, célébré en juin 1851. Thérèse ne supporte pas longtemps son nouveau statut. Elle donne congé au marquis qui repart au Portugal…Quelques mois plus tard, elle rencontre un cousin richissime du chancelier allemand Bismarck, le comte Guido Henckel von Donnersmarck. Le comte lui fait construire le fabuleux hôtel des Champs-Élysées, avec, pièce centrale et grandiose, un escalier d’onyx. Ce qui fera dire à Émile Augier : « Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés ».

Notre courtisane qui fait annuler son mariage avec le marquis en 1871. L’homme qui revient des Amériques à peu près ruiné se suicide. Elle épouse alors le comte allemand. Après la guerre de 1870, elle sera soupçonnée d’espionnage et contrainte de quitter la France en 1877. Elle ira vivre en Silésie, dans le château de son mari (surnommé « le Petit Versailles ») qu’elle a fait rebâtir selon ses goûts par l’architecte parisien Lefuel. Elle y mourra quelques années plus tard, à l’âge de 65 ans.

La Paiva 1819 – 1884