Le langage de l’éventail

Plusieurs fois millénaire, cet accessoire de mode né en Inde, conquit toutes les civilisations jusqu’aux Romains.

Si le vent est à l’origine des mots éventail, éventer ; l’équivalent  espagnol abanico trouve son origine dans le verbe portugais « abanar » qui signifie « tamiser », secouer, agiter.
Mais l’ancêtre de l’éventail pliant serait né presque par hasard au pied du Fujiyama. C’est une femme qui l’aurait inventé à l’aide d’une feuille de papier plissée en le maniant pour soulager les brûlures d’un moine bouddhiste.

Le XIVe siècle marqua l’avènement de l’usage privé d’un instrument parfois décrié mais mêlé aux causes galantes, amoureuses ou politiques et l’usage de l’éventail devient un véritable langage de société, mystérieux, et pittoresque.
Cet accessoire était en vogue non seulement en Espagne mais également en Italie, en France et à la cour de Vienne. A Versailles, sous Louis XIV, il était de bon ton de choisir un modèle pour chaque cérémonie, pour une fête, pour se rendre au théâtre. Pour les Précieuses de Molière l’éventail était le « paravent de la pudeur », instrument de séduction, à la fois subtil et provocateur.

Dans la péninsule ibérique du XVII siècle, la gestuelle féminine et le code amoureux ont été élaborés autour de l’éventail espagnol, rejoignant le symbolisme de cet objet, synonyme de l’imagination et de la féminité.
Il est connu de pratiquement toutes les espagnoles et particulièrement des andalouses.

L’art de s’en servir a permis d’exprimer les états d’âme, du badinage aux déclarations d’amour dans un langage qui lui est propre.
Il existe même un langage crypté secret de l’éventail selon ses positions et ses orientations : ouvert ou fermé, dans la main droite ou dans la gauche, touchant l’oreille gauche, la joue ou la poitrine… Code qui exprimait l’amour, l’indifférence, le dédain ou la jalousie.

Les dames du Second empire ne sortaient pas sans éventail. L’impératrice Eugénie a d’ailleurs posé avec cet accessoire devant le peintre Edouard-Louis Dubufe en 1854.

Édouard Louis Dubufe : Portrait de l'impératrice Eugènie

Au XIX siècle

Le tenir dans la main droite face au visage : suivez-moi jeune homme.

Le tenir dans la main gauche face au visage : je désire un entretien.

Le poser contre l’oreille gauche : je désire que vous me laissiez tranquille.

Le glisser sur le front : vous avez changé.

Le faire tournoyer de la main gauche : nous sommes surveillés.

Le tenir dans la main droite : vous êtes trop entreprenant.

Le faire glisser dans la main : je vous hais.

Le faire tournoyer de la main droite : j’aime quelqu’un d’autre.

Le faire glisser sur la joue : je vous aime.

Le présenter fermé : m’aimez-vous ?

Le faire glisser devant les yeux : je suis désolée.

Toucher l’extrémité du doigt : je désire vous parler.

Le poser immobile sur la joue droite : oui.

Le poser immobile sur la joue gauche : non.

Ouvrir et fermer : vous êtes cruel.

Le laisser pendre : nous resterons amis.

S’éventer lentement : je suis mariée.

S’éventer rapidement : je suis fiancée.

Le poser sur ses lèvres : embrassez-moi.

Ouvert immobile : attendez-moi.

Le porter ouvert de la main gauche : venez me parler.

Le placer derrière la tête : ne m’oubliez pas.

Avec l’auriculaire tendu : au revoir.

En général

L’éventail placé près du cœur : tu as gagné mon amour.

Fermer l’éventail en se touchant l’œil droit : quand pourrai-je te voir ?

Le nombre de branche donne la réponse à une question : à quelle heure?

Faire des mouvements menaçant avec l’éventail fermé : ne soit pas imprudent.

L’éventail à moitié ouvert posé sur les lèvres : peux-tu m’embrasser ?

Les mains jointes serrant l’éventail ouvert : oublie-moi !

Se couvrir l’oreille gauche avec l’éventail ouvert : ne révèle pas notre secret.

Cacher ses yeux derrière l’éventail ouvert : je t’aime.

Fermer l’éventail complètement ouvert, lentement : je promets de me marier avec toi.

Approcher l’éventail autour des yeux : je suis désolé.

Toucher avec le doigt la partie haute de l’éventail : je souhaiterai parler avec toi.

Laisser l’éventail reposer sur sa joue droite : oui.

Laisser l’éventail reposer sur sa joue gauche : non.

Ouvrir et fermer l’éventail plusieurs fois : tu es cruel.

Descendre l’éventail, le laisser pendre : nous serons amis.

S’éventer lentement : je suis mariée.

S’éventer rapidement : je suis promise, fiancée.

Placer l’éventail sur les lèvres : embrasse-moi.

Ouvrir complètement l’éventail : attends-moi.

Placer l’éventail derrière la tête : ne m’oublie pas.

Placer l’éventail derrière la tête, doigts tendus : au revoir, adieu.

Placer l’éventail devant le visage avec la main droite : suis-moi.

Placer l’éventail devant le visage avec la main gauche : j’aimerais connaitre vos pensées.

Maintenir l’éventail sur l’oreille gauche : je désire que vous me laissiez tranquille.

Tenir l’éventail dans la main gauche face au visage : Je désire un entretien.

Bouger l’éventail autour du front : tu as changé.

Tourner l’éventail avec la main gauche : on nous voit.

Faire tournoyer l’éventail avec la main droite : j’en aime un autre.

Porter l’éventail ouvert dans la main gauche : allons, parle moi.

Porter l’éventail ouvert dans la main droite : je suis trop fervent.

Bouger l’éventail entre les mains : je te hais.

Bouger l’éventail autour de la joue : je t’aime.

Rendre l’éventail fermé : m’aimes-tu ?

Faire tournoyer l’éventail dans la main gauche : Nous sommes surveillés.

Tenir l’éventail dans la main droite : Vous êtes entreprenant.

Faire l’éventail glisser sur la joue et le poser sur le menton : Je vous aime.

Toucher l’extrémité du doigt avec l’éventail : Je désire vous parler !

A vous de jouer !

Il ne vous reste plus qu’à trouver un joli éventail et à vous entrainer pour la prochaine Fête Napoléon III à Vichy !